8.  

       ;
    ,
     .
     ,
     ,
  ,  .
     ,
   ,
     ,
, ,   :
"     ?"
  :
"   ".
  :
"    ,
      ".
    ,
   .
" , - , -    
  .
 ,    
 ,   .
     ,
     ".

     ,
    .
   :
" , ,    
   ".
   ,
     .

       ,
    
     .
   
    .
  , ,
    ;
    ,
     .
   , -
    :
"    ;
    :
   ?
   (19) ,  ".

       
   ;
   ,
, -    , -
 ,   ,
   ,
   , -
   .
   ,
    
     .
  ,  ,
  ;
      ,
     ,
,   .

      (20)
   ,
      .
   
   :
"?    ,
     ".

      ,
   ,
  , ,
 ,    ,
  .
    ,
    ,
   ;
 ,  ,
  ,
    .
   ,
     ,
 ,  .

         
 ,  ,
   .
  ,   .
       ;
    .

        , -
      ,
     .
      ,
       .

   (18)      Guzla    
 ;  ,     -;  
           
.    ,  , ,  
   -.

Notice sur Hyacinthe Maglanovich.

   Hyacinthe Maglanovich est le seul joueur de guzla que j'aie vu, qui
ft aussi pote;  car la  plupart  ne  font  que  rpter  d'anciennes
chansons,  ou  tout  au plus ne composent que des pastiches en prenant
vingt vers d'une ballade,  autant d'une autre,  et liant  le  tout  au
moyen de mauvais vers de leur faon.
   Notre pote est n  Zuonigrad,  comme il le dit lui-mme  dans  sa
ballade intitule L'Aubpine de Veliko. Il tait fils d'un cordonnier,
et ses parents ne semblent pas s'tre donn beaucoup de mal  pour  son
ducation,  car  il ne sait ni lire ni crire.  A l'ge de huit ans il
fut enlev par des tchingnehs ou bohmiens.  Ces gens le menrent  en
Bosnie, o ils lui apprirent leurs tours et le convertirent sans peine
 l'islamisme,  qu'ils professent pour la plupart  [tous  ces  dtails
m'ont  t donns en 1817 par Maglanovich lui-mme].  Un ayan ou maire
de Livno le tira de leurs mains et le prit  son service,  o il passa
quelques annes.
   Il avait  quinze  ans,  quand  un  moine  catholique  russit   le
convertir au christianisme,  au risque de se faire empaler s'il  tait
dcouvert;   car   les  Turcs  n'encouragent  point  les  travaux  des
missionnaires.  Le jeune Hyacinthe n'eut pas de peine  se  dcider  
quitter  un  matre  assez dur,  comme sont la plupart des Bosniaques;
mais,  en se sauvant de sa maison,  il voulut tirer vengeance  de  ses
mauvais  traitements.  Profitant  d'une  nuit  orageuse,  il sortit de
Livno,  emportant une pelisse et le sabre de son matre, avec quelques
sequins   qu'il   put   drober.  Le  moine,  qui  l'avait  rbaptis,
l'accompagna dans sa fuite, que peut-tre il avait conseille.
   De Livno  Scign en Dalmatie il n'y a qu'une  douzaine  de  lieues.
Les fugitifs s'y trouvrent bientt sous la protection du gouvernement
vnitien et  l'abri des poursuites de l'ayan. Ce fut dans cette ville
que Maglanovich fit sa premire chanson:  il clbra sa fuite dans une
ballade, qui trouva quelques admirateurs et qui commena sa rputation
[j'ai fait de vains fforts pour me la procurer.  Maglanovich lui-mme
l'avait oublie,  ou peut-tre eut-il honte de me rciter  un  premier
essai dans la posie].
   Mais il tait sans ressources  d'ailleurs  pour  subsister,  et  la
nature  lui  avait  donne  peu  de  got  pour  le  travail.  Grce  
l'hospitalit morlaque,  il vcut quelque  temps  de  la  charit  des
habitants  des  campagnes,  payant  son  cot en chantant sur la guzla
quelque vieille romance qu'il savait par coeur.  Bientt il en composa
lui-mme  pour  des  mariages  et des enterrements,  et sut si bien se
rendre ncessaire, qu'il n'y avait pas de bonne fte si Maglanovich et
sa guzla n'en taient pas.
   Il vivait ainsi dans les environs de Scign, se souciant fort peu de
ses parents,  dont il ignore encore le destin, car il n'a jamais t 
Zuonigrad depuis son enlvement.
   A vingt-cinq  ans c'tait un beau jeune homme,  fort,  adroit,  bon
chasseur et de plus pote et musicien clbre;  il tait  bien  vu  de
tout le monde,  et surtout des jeunes filles. Celle qu'il prfrait se
nommait Marie et tait fille d'un riche morlaque,  nomm  Zlarinovich.
Il gagna facilement son affection et, suivant la coutume, il l'enleva.
Il avait pour rival une espce de  seigneur  du  pays,  nomm  Uglian,
lequel  eut  connaissance  de  l'enlvement  projet.  Dans les moeurs
illyriennes l'amant ddaign se console facilement et  n'en  fait  pas
plus mauvaise mine  son rival heureux; mais cet Uglian s'avisa d'tre
jaloux et voulut mettre obstacle au bonheur de Maglanovich. La nuit de
l'enlvement,  il  parut  accompagn  de  deux de ses domestiques,  au
moment o Marie tait dj monte sur un cheval et prte  suivre  son
amant.  Uglian  leur cria de s'arrter d'une voix menaante.  Les deux
rivaux taient arms suivant l'usage.  Maglanovich tira le premier  et
tua le seigneur Uglian.  S'il avait eu une famille, elle aurait pous
sa querelle,  et il n'aurait pas quitt le pays pour si peu de  chose;
mais  il tait sans parents pour l'aider,  et il restait seul expos 
la  vengeance  de  toute  la  famille  du  mort.  Il  prit  son  parti
promptement  et  s'enfuit  avec  sa  femme  dans les montagnes,  o il
s'associa avec des heyduques [espce de bandits].
   Il vcut  longtemps avec eux,  et mme il fut bless au visage dans
une escarmouche avec les pandours [soldats de la police]. Enfin, ayant
gagn  quelque  argent d'une manire assez peu honnte,  je crois,  il
quitta les montagnes,  acheta des bestiaux et vint s'tablir  dans  le
Kotar  avec  sa  femme  et  quelques  enfants.  Sa  maison est prs de
Smocovich,  sur le bord d'une petite rivire ou d'un torrent,  qui  se
jette  dans  le  lac  de Vrana.  Sa femme et ses enfants s'occupent de
leurs vaches et de leur petite ferme; mais lui est toujours en voyage;
souvent  il  va  voir  ses anciens amis les heyduques,  sans toutefois
prendre part  leur dangereux mtier.
   Je l'ai  vu  Zara pour la premire fois en 1816.  Je parlais alors
trs facilement l'illyrique, et je dsirais beaucoup entendre un pote
en  rputation.  Mon  ami,  l'estimable  voivode Nicolas * * *,  avait
rencontr  Biograd,  o  il  demeure,  Hyacinthe  Maglanovich,  qu'il
connaissait  dj,  et  sachant qu'il allait  Zara,  il lui donna une
lettre pour moi.  Il me disait que,  si je voulais tirer quelque chose
du  joueur  de guzla,  il fallait le fair boire;  car il ne se sentait
inspir que lorsqu'il tait  peu prs ivre.
   Hyacinthe avait  alors prs de soixante ans.  C'est un grand homme,
vert  et  robuste  pour  son  ge,  les  paules  larges  et  le   cou
remarquablement gros;  sa figure est prodigieusement basane; ses yeux
sont petits et un peu relevs du coin; son nez aquilin, assez enflamm
par  l'usage  des liqueurs fortes,  sa longue moustache blanche et ses
gros sourcils noirs forment un ensemble que l'on oublie  difficilement
quand  on  l'a vu une fois.  Ajoutez  cela une longue cicatrice qu'il
porte sur le sourcil et sur  une  partie  de  la  joue.  Il  est  trs
extraordinaire   qu'il  n'ait  pas  perdu  l'oeil  en  recevant  cette
blessure.  Sa tte tait rase, suivant l'usage presque gnral, et il
portait  un  bonnet d'agneau noir:  ses vtements taient assez vieux,
mais encore trs propres.
   En entrant  dans  ma  chambre,  il me donna la lettre du voivode et
s'assit sans crmonie.  Quand j'eus fini de lire:  vous  parlez  donc
l'illyrique,  me  dit-il  d'un  air  de doute assez mprisant.  Je lui
rpondis sur-le-champ dans cette langue que je l'entendais assez  bien
pour  pouvoir  apprcier  ses chansons,  qui m'avaient t extrmement
vantes. Bien, bien dit-il; mais j'ai faim et soif: je chanterai quand
je serai rassasi.  Nous dinmes ensemble.  Il me semblait qu'il avait
jen quatre jours au moins,  tant il mangeait avec  avidit.  Suivant
l'avis  du  voivode,  j'eus soin de le faire boire,  et mes amis,  qui
taient venus nous tenir  compagnie  sur  le  bruit  de  son  arrive,
remplissaient  son  verre   chaque instant.  Nous esprions que quand
cette faim et cette soif si extraordinaires seraient  apaises,  notre
homme  voudrait  bien  nous faire entendre quelques uns de ses chants.
Mais notre attente fut bien trompe.  Tout d'un coup  il  se  leva  de
table  et  se laissant tomber sur un tapis prs du feu (nous tions en
dcembre),  il s'endormit en moins de cinq minutes,  sans qu'il y  et
moyen de le rveiller.
   Je fus plus heureux,  une autre fois:  j'eus soin de le faire boire
seulement  assez pour l'animer,  et alors il nous chanta plusieurs des
ballades que l'on trouvera dans ce recueil.
   Sa voix a d tre fort belle;  mais alors elle tait un peu casse.
Quand il chantait sur sa guzla,  ses yeux  s'animaient  et  sa  figure
prenait  une  expression  de beaut sauvage,  qu'un peintre aimerait 
exprimer sur la toile.
   Il me  quitta  d'une faon trange:  il demeurait depuis cinq jours
chez moi,  quand un matin il  sortit,  et  je  l'attendis  inutilement
jusqu'au  soir.  J'appris  qu'il  avait qutt Zara pour retourner chez
lui;  mais en mme temps je m'aperus qu'il me manquait une  paire  de
pistolets anglais qui, avant son dpart prcipit, taient pendus dans
ma chambre.  Je dois dire    sa  louange  qu'il  aurait  pu  emporter
galement  ma bourse et une montre d'or qui valaient dix fois plus que
les pistolets, qu'il m'avait pris.
   En 1817  je  passai deux jours dans sa maison,  o il me reut avec
toutes les marques de la joie la plus  vive.  Sa  femme  et  tous  ses
enfants  et petits-enfants me sautrent au cou et quand je le quittai,
son fils an me servit de guide dans les montagnes pendant  plusieurs
jours,  sans  qu'il  me  ft  possible  de  lui faire accepter quelque
rcompense.
   (19) ,  ,  ,  ,    
     .
   (20)      ,    .